ETHEL LILIENFELD

photographs

les cicatrices ce sont des traces qui vivent (2018)

Scares are living traces

le vent fauchait

les roses

les plus charnues (2017)

the wind mowing the fleshiest roses

On voit le soir couler sur vos jambes (2016)

we can see the night flowing on your legs

she (2016)

une mite dans

la mémoire (2015)

a moth in the memory

Elle s'y préparait

She was getting ready for it

La même vidéo est projetée en double sur deux écrans de plexiglas suspendus. Une caméra qui toune à 360 degrés dévoile deux femmes d’âges différents qui se préparent dans une chambre.

Parfois immobiles, parfois en mouvement, il pourrait s’agir d’une mère et de sa fille, ou bien de la même personne à des âges différents.

On ne sait pas. Chacune agit dans sa propre temporalité.

On est comme piégé dans la préparation sans fin de ces deux femmes en vue de quelque chose qui n’aura probablement jamais lieu.
Dans cette atmosphère intime, les vidéos semblent se faire écho, chacune étant alternativement le passé et

le futur de l’autre. En alliant un cadrage particulier en perpétuel mouvement à une dualité des images qui résonnent sans cesse, le travail trouble les frontières du temps et de l’espace, nous plongeant dans une folie cyclique à la fois douce et inquiétante.

 

 

 

 

The same video is projected in duplicate on two suspended Plexiglas screens. A 360-degree rotating camera  reveals two women of different ages preparing in a room. Sometimes motionless, sometimes in motion, it could be either a mother and daughter or the same person at different ages. The truth is unknown to the viewer.

Each reality acts in its own temporality. We are trapped in the endless preparation of these two women for an ambiguous and likely

non-occurring event.

In this intimate atmosphere, the videos seem to echo and act as foils for each other, each being alternately the past and the future of the other. By combining a particular framing in perpetual movement with an unceasing duality of images, the piece blurs the boundaries of time and space, plunging viewers into

a cyclical madness that is subtly and equally euphoric and disturbing.

 

 

 

 

Le ciel s’allonge dessous est un dispositif vidéo et sonore donnant à voir une sorte de présence fantomatique suspendue qui se joue du temps. En équilibre sur ses mains, une jeune femme est au bord l’effondrement, en tension dans l’espace. Sa voix renversée soulève des questions métaphysiques d’ordre général qui peu à peu révèlent en réalité une interrogation sur sa propre existence. Entre immobilité photographique et mouvance vidéographique, fiction et réalité s’entremêlent pour arriver à un point de bascule où la chute n’arrivera jamais.

 

 

 

 

SHE  WILL  ECHO

(Version VOSTFR)

(In English)

Mémoire, identité, poids de l’héritage, transmission sont des questions soulevées par SHE  WILL  ECHO, un film de 12.26 minutes, à travers une double narration:

À Helsinki, à l’aube d’une vie d’adulte, une jeune fille se construit suivant des règles ancestrales symbolisées par une jupe noire lourde de tradition, tandis qu’à Paris les traces d’une vieille dame qui vient de s’éteindre s’évaporent dans le débarras de son appartement jusqu’à n’être plus qu’un souvenir.

 

 

 

 

Memory, identity, burden of the heritage... Here are some of the questions raised by the 12 minutes movie SHE WILL ECHO, through a double narration :

On the one hand, in Helsinki, a young girl on the verge of an adult life tries to build herself by following ancestral traditions, symbolized by a heavy black skirt.

On the other hand, in Paris, the traces of a recently passed away old lady are slowly evaporating while her son is sorting out her apartment. Soon, she will be nothing but a memory.

 

Elle essayait de se réconcilier avec la nuit

She was trying to reconcile with the night

Après, c’est dedans.

And then, it is inside.

à quoi ça sert de déloger un souvenir de son ventre?

This memory... it feels just right in my stomach

JE ne laverai pas ma mémoire

dans ta dernière demeure

 

I refuse to wash out the memories

in your last residence

Même avec l'invisible ?

Even with the invisible ?

Un grand merci à / Many thanks to :

Myriam Trine, Eliane Wouters,

Laurence Michel et Stéphane Comes

Les cicatrices ce sont des traces qui vivent

Scars are living marks

Le vent fauchait les roses

les plus charnues

Un corps sans tête, une femme brisée par sa féminité et ses désirs, un fardeau que l’on se transmet, que l’on porte dans notre ventre et qui finit par

nous écraser.

Mise à nuit                                        night shift

On voit le soir couler sur vos jambes

 

We can see the night flowing on your legs

La trace d’une intervention poétique faite par le moyen

de la broderie sur un couvre lit,

celui de Marie, une prostituée.

C’est comme le souvenir de cette rencontre particulière et un cadeau laissé pour elle.

 

she

40x60 cm

Ce qui m’intéresse c’est d’arriver à donner à voir une mère (ici la mienne) à travers les yeux du père, tout en ayant le statut de fille.

Je voulais m’aventurer sur un terrain «interdit» : celui qui pousse à s’interroger sur la posture que nous prenons face au regard porté sur le corps de sa mère, un corps qui a souffert mais qui reste désirable. Ce travail fait écho à la vidéo «Talking Hands». Il évoque donc la mort, les traces laissées par le temps, mais aussi l’ambiguïté d’être à la fois une mère, une fille et une femme.

 

I dug in your warm body,

It is swollen

What drove my interest was to succeed in seeing a mother (in this case : mine) through the eyes of the father, while having the status of the daughter. I wanted to venture down a «forbidden»

road which brought me to question myself on the position

we have regarding our vision on our mother’s body, a body with scars however still desirable.

 

This work echoes the «Talking Hands» video. It mentions death, the traces of the time that went by, but also the ambiguity of carrying the three roles : being

a mother, a daughter and

a woman.

TAlking hands

Cette vidéo parle de ma grand-mère. Elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis plusieurs années. J’ai voulu la filmer dans son quotidien et celui de Soraya, maintenant membre de la famille. Il s’agit pour moi d’observer ces moments de vie, moments qui n’ont plus la même signification pour ma grand-mère puisque sa vision du temps a changé. Prisonnière d’elle-même, le passé et le présent ne font plus qu’un, la mémoire s'emmêle et se confond et les repères du temps n’existent plus.

 

Ce travail évoque aussi la mort qui s’immisce petit à petit ne laissant derrière elle que les traces d’un instant absent.

 

Quand autour d’elle le silence s’installe, il ne reste plus que des souvenirs et de l’amour.

 

 

À Travers Elles

 

Détournement d’une tables gigognes, pouvant faire penser aux poupées russes qui s’emboîtent et se cachent les unes dans les autres. La plus grande a un aspect vieilli alors que la plus petite est brillante.

 

Travail que l’on pourrait rapprocher avec celui du tourne disque «Bercée jusqu’au ventre» par la présence de l’idée de la filiation.

Les trois tables sont transpercées par une lame en acier, comme embrochées au mur mais aussi maintenues ensemble.

 

 

TROUGH THEM

 

Diversion of three stacked

coffee table, prone to refer to the principle of Russian dolls that stack together and hide inside the other. The biggest seems old compared to the shiny appearance of the little one.

 

This is a work that we could associate with the vinyl record « lulled up to her stomach » in the present idea of filiation. The three tables are spiked by a steel blade, like skewered to the wall but connected together.

Un casque audio déposé sur un banc noir invite le spectateur à s’asseoir pour écouter un son. Un homme raconte comment il s’est trouvé emprisonné dans le sol de sa cuisine, condamné à entendre les pas de sa mère claquants sur le carrelage au dessus de sa tête.

Ce travail questionne sur un entre-deux : entre folie et réel, entre fiction et vérité. Un état qui nous fait ressentir l’étrange dans des situations pourtant familières.

 

« De la solitude, du silence, de l’obscurité, nous ne pouvons rien dire, si ce n’est que ce sont là vraiment les éléments auxquels se rattache l’angoisse infantile qui jamais ne disparaît toute entière chez la plupart des hommes. »

 

- L’inquiétante étrangeté, Sigmund Freud.

Une voix de jeune femme résonne à travers cinq baffles disposés en rond dans l’espace. Le son sort aussi fragmenté que la pensée de la jeune fille. Cette installation sonore questionne différentes temporalités troublées. Le spectateur ne sait pas non plus très bien de qui parle la jeune femme. Son intériorité est mise

à nue : des répétitions, des changements d’état, comme un tourbillon, un cycle fou.

J’essaye de capter le moment où l’intime surgit comme étranger.

A woman’s voice resonates from five speakers arranged in a circle in the room. The sound is as fragmented as the young woman’s mind. This audio installation questions different confused timelines.

The audience doesn’t really know either who this woman is speaking about. Her interiority is exposed: repetitions, various state of minds, like a storm, an insane cycle.

I try to catch the instant when privacy comes in, like a stranger.

 

Cette installation donne à voir différentes choses.

Le premier et dernier souvenir qu’un homme a de sa mère. Les textes se succèdent en disparaissant progressivement dans le mur. Un diptyque de photographies : l’une provient d’un album de famille et présente un placenta. L’autre a été prise durant un grand ménage fait après un décès.

Plus loin, une petite télévision accrochée au mur montre une vidéo silencieuse.

 

Travail né d’une rencontre avec Marie,

une prostituée. Témoignage, échange et poésie dans un univers qui m’ était jusqu’ici étranger.

La vidéo évolue comme la relation qui s’installe et change à mesure que le temps s’ écoule.

"There are these moments when… I feel completely overwhelmed.

It just happened. Then… We deal with it."

-Breathing-

"I remember something. And then, all in a sudden, nothing…

It is as if I had wanted to forget.

I don’t know if I will remember his face… His eyes… His mouth…

But sometimes, I feel his presence in my stomach. Heating.

Then, I can catch my breath. Rather, I remember his breath on my neck. And I hear him kicking in my stomach Again."

-Breathing, laughter, we’re not sure-

"For now it is inside. But sooner, it will be out.

I will not carry it inside me. And I wonder what his face will look like.

I close my eyes… And then I try to remember…"

-Sights, breathing, deep breath, soft, ambiguous, almost embarrassing-

"I am in the dark now.

You know, I have always been scared at night, because… We can’t see.

And then we can imagine. No we can recall.

In these moments, it beats even stronger in my stomach.

He wants to come out. I feel it. I know it. He scratches in my flesh almost gnawing my bones."

-Silence-

"What is the point to host a memory in my stomach?"

-Confused laughter, almost frightening – She bounces back:

I mean “someone” who will become a memory.

I try to remember what his hands will look like…

I want to remember his breath behind my neck.”

Le ciel s'allonge dessous

The sky lies beneath

"L'image, instantanément la voilà devenue l’insaisissable, l’inactuelle, l’impassible, non pas la même chose éloignée, mais cette chose comme éloignement, la présente dans son absence, la saisissable parce qu’insaisissable."

 

"The picture, here it is, and in a flash it has become intangible, untimely, stoic, no, not the same distant thing, but this thing in the distance, the presence in her absence, the tangible because intangible"

-Maurice Blanchot

Tirage numérique sur papier mat, 60x90 cm

 

 

I lost my way at the shadow of your eyelids.

They are surrounded by love.

Our eyes cross and reconcile in the rested crumpled sheets.

You are pretty in the daylight.

The talk was found in a fragment of habit.

Are you scared of the dark ?

I can now detect a corner of light floating under the curtains.

You hold in your arms the death to live.

You lent me your whispers, and a soft silence settled in.

I now see the dawn through you.

 

Référence au travail de Niki de Saint Phalle et sa gigantesque sculpture pénétrable.

J’ai creusé dans ton corps chaud,

Il a gonflé

une mite dans la mémoire

a moth in the memory

“It kept repeating itself. I was laying underneath it… My body freezing in the kitchen floor.

And I counted my mother’s steps.

Her heels clicking the way dancers' do.

Back and forth, sometimes shivering what separated me from her."

-Laughter-

"Under the kitchen…

But when it shakes it is alive.

It reminds me of… Barefoot on the iced tiled floors I liked jumping over the tiles, two at

a time.

And then, I was sentenced to listen to her night walks, her, who gave birth to me.

I… I wanted to resist oblivion.”

 

Films

même avec l'invisible ? (2018)

Even with the

invisible ?

Mise à nuit (2017)

night watch

j'ai creusé dans ton corps chaud,

il a gonflé (2016)

I dug in your warm body. It is swollen

Talking Hands (2015)

The sky lies beneath is a video and sound installation that shows a suspended spectral presence who plays with time. Balancing on her hands, a young woman is at the edge of collapse, caught in tension in unalterable space. Her inverted voice raises general metaphysical topics that gradually reveal a question about existence itself. Between photographic immobility and video movement, fiction and reality intermingle to reach a tipping point where the anticipated fall will never reach fruition.

 

 

 

 

Headphones laid on a black bench invite the audience to sit and listen to the soundtrack.

A man describes how he found himself trapped under his kitchen floor, sentenced to listen to his mother’s steps clicking on the tilled floor over his head. This work questions the in-between: the frontier between reality and madness, between reality and fiction.

A position that makes us feel the bizarre in yet familiar situations.

 

“About, solitude, silence and darkness we cannot say much, but that these are the rooting elements of the childish anxiety that never truly disappears in most men”

 

 

- The Uncanny, Sigmund Freud

 

Actress: Chloé Larrère

ONE MORE TIME

This installation shows several things. A man's first and final memories of his mother.

The texts appear and disappear successively on the wall. There are also two photos :

the first one comes from a family photo album and features a placenta. The second one has been taken during the big cleaning that comes with the death of a love one. People are welcome to come watch a silent video on the small TV hung on the wall.

 

Work created through the encounter with a prostitute named Mary. Testimony, dialogue and poetry in a universe until then unknown.

The video evolves as a relationship gradually settles and changes as the time passes by.

Referring to the work of Niki

de Saint Phalle and her gigantic penetrable sculpture.

This video focuses on my grandmother. She has had Alzheimer’s for many years. So I wanted to film her in her daily life with Soraya, who became a member of our family. It was a matter of observing these moments of life, that changed meanings for my grandmother as she no longer has the same vision of time. Prisoner of her own self, the past and the present become one, the memory gets mixed up and confused and the time awareness no longer exists.

 

This work also discusses the gradual interfering death leaving nothing but traces of an

absent moment.

 

When the surrounding silence takes over, all she has left are memories and love.

 

 

Une projection dans l’espace montre une femme nue assises dans son lit, répétant le même geste lent et appliqué: elle est en train de coudre quelque chose.

Le spectateur doute, ne sait pas très bien si cette femme recoud directement le lit, ou bien si elle se recoud elle-même. Alors que le fil tendu découpe l’espace dans un rythme lent, la scène paraît comme hors du temps.

Il est impossible de dire si ses lumières bleutées traduisent une atmosphère nocturne ou bien matinale.

La vidéo se répète en boucle.

A screen is standing in the room and shows a naked women sitting on his bed, repeating the same slow and cautious move: she is sewing something.

The viewer does not know for sure if this woman is sewing the bed or herself. As the stretched thread slowly cuts out the space, the scene appears out of time.

We cannot say if the blue lights are due to late or early hours.

The video repeats itself, in a loop.

1.31''

Actor: Cyril Briant

3.24''

The wind mowing the fleshiest roses

INSTALLATIONS

JE ne laverai pas ma mémoire dans ta

dernière demeure(2017)

i refuse to wash out the memories in youre last residence

Bercée jusqu’au ventre (2016)

Lulled up to her stomach

à travers elles (2016)

trough them

comblée (2015)

fulfilled

Tirage numérique sur papier mat,40x60 cm

Tirage numérique sur papier mat, 60x90 cm

© Ethel Lilienfeld. All Rights Reserved

A body without a head, a woman broken by her feminity and desires, a burden that we pass on, that we wear on our stomach until it is enough to crush us.

The trace of a poetic intervention by the means of the embroidery on a bedspread, belonging to Mary, a prostitute.

It is like a memory of this particular encounter and a

gift left for her.

Boîte lumineuse en métal, 24x10x16 cm

Metal lightbox, 24x10x16 cm

Boîte lumineuse en métal, 24x10x16 cm

Metal lightbox, 24x10x16 cm

Bercée jusqu’au ventre

 

Création d’un disque vinyle dans lequel on entend la voix

de ma mère et de ma soeur jumelle lisant un poème que j’ai écrit, abordant le thème de la filiation, de la transmission.

Ce son est associé à une vidéo montrant des mains usées par le temps, se balançant presque au rythme d’une berceuse.

 

Remise en question de l’origine,

de la descendance, de la vie, transmise de mère en fille.

Lulled up to her stomach

 

Creation of a vinyl record on which we hear my mother and twin sister’s voices reading a poem I wrote on the filiation and transmission theme.

This sound is associated with a video showing hands used by the time, swinging almost to the rhythm of a lullaby.

 

Reassessment of the origin, the progeny, the life transmitted

from mother to daughter.

 

 

La vidéo est projeté sur la pochette du vynile.

 

The video is screened on the record jacket.

comblée

Qu’entendons-nous par

«une femme comblée» ?

à quel moment cette expression prend-elle son sens ? Le titre de

la pièce et l’objet utilisé sont les clefs de la compréhension du travail qui métaphorise, avec cynisme, les enjeux du statut

de la femme dans notre société.

 

Comblée, bourrée, remplie à tel

point que la structure s’effondre. Travail ironique qui est lié avec une phrase écrite au mur un peu plus loin dans l’exposition «Il ne lui restait plus que ses murmures».

Fulfilled

What do we mean by

«a fulfilled woman» ?

At what point in time does this expression start making sense ? The title of this piece and the object used are the keys to understanding this work which metaphorically presents, with cynicism, the challenges facing women in our society.

 

Fulfilled, stuffed, packed to

the point where the structure collapses. Ironic work linked to

the sentence written on the wall further ahead in the exhibit «All she had left was her whispers»

BIO

13x18 cm